échos du front hédoniste

22 mars 2004

la guerre de religion de Thierry Ardisson

classement : politique; auteur : Max à 22h12

Si vous ne regardez jamais la télé, partant du principe qu’il ne peut jamais rien y avoir de bon, passez votre chemin.
Ce n’est pas mon avis, mais elle pourrait être meilleure (sic). Donc, critiquons.

Tout le monde tape sur Ardisson. Pas forcément pour les mêmes raisons.
Ce que je trouve assez positif dans ses émissions est justement ce que d’autres lui reprocheront.

Avant l’accusation, la défense.
C’est plutôt le "moins pire" des présentateurs de talk-show car :

  • On a pu voir chez lui des invités défendant des points de vue marginaux intéressants : Guillaume Dustan, Marcela Iacub…
  • Il a contribué à sortir le X du ghetto médiatique.
  • Il est branché cul sans être trop dramatiquement lourd.
  • Le mélange des genres, société, politique, culture (light).
  • Sur les questions politico-sociales, il serait volontiers du "bon" coté, s’il n’était autant parasité par ses déterminismes réacs.

Justement, revenons à nos moutons, sa guerre de religion.

Non seulement T.A. ne rate pas une occasion de faire du prosélytisme pour sa religion, en défendant ce "pauvre" pape contre les caricatures des "méchants" Guignols, en se revendiquant comme catholique, etc. etc. …

Non seulement ne manque-t’il jamais de susciter une vision déiste du monde quand il ne peut pas directement embrayer sur la religion : "Vous pensez qu’il nous regarde de là-haut?" …

C’est pour le moins un abus de position médiatique dominante, mais le plus grave est ailleurs.
C’est qu’il entraîne systématiquement ses invités sur ce sujet :

  • Le prof de danse de la "star-acc" est sur le plateau? Il est musulman, n’est-ce pas?
  • T.A. reçoit une jeune femme pour parler de son roman? Il la branche sur son judaïsme et sur les bienfaits du sabbat.
  • L’un des invités est un auteur de variétés à succès qui ne parle jamais de religion? N’empêche, c’est un catholique breton.
  • Si, par hasard, quelqu’un ne peut pas être assimilé à l’une des religions, au besoin en allant chercher dans son enfance ou dans sa filiation, s’il est désespérément récalcitrant, alors le sujet est évité. C’est l’exception qui confirme la règle. Personne n’est jamais explicitement athée sur un plateau de T.A.

Bien sûr, il argumenterait sur son intention d’illustrer la diversité de la société française (de l’humanité) et de faire passer un message de fraternité (…).

Mais c’est l’effet contraire qui est obtenu.

D’abord par une simplification caricaturale d’un aspect culturel, philosophique et moral complexe. Il y a mille manières d’être juif, chrétien ou musulman. Si 62% des français se définissent encore comme catholiques il n’y a que 52% du total des sondés qui estiment l’existence de Dieu "certaine" ou "probable" (1). Il y a donc des catholiques (juifs, musulmans) qui ne croient pas en Dieu!

Ensuite parce que cette focalisation sur les monothéismes oublie que, tous ensemble, ils sont à peine majoritaires sur cette planète. On a déjà vu l’impasse faite sur les athées, mais que dire des milliards de chinois et d’hindous qui sont branchés sur d’autres dieux. Et les animismes, chamanismes…

Mais surtout, surtout, parce que ça habitue les gens, n’oublions pas l’impact énorme de la télé sur le consensus d’une société, à penser en fonction du critère religieux : "Tiens, voici Untel. Est-il juif? Est-il musulman? Ou bien, est-il comme moi, T.A., catholique? ". La répartition des individus en quelques catégories grossières est le fondement du communautarisme.

Quand conprendra-t’on que ce critère n’est pas pertinent?

Parce que tous ces monothéismes racontent la même salade.
Parce que, du coup, ils sont moins significatifs, l’un par rapport à l’autre, que d’autres déterminismes socio-culturels comme la classe sociale, le niveau d’éducation, l’accès à la culture ou justement l’absence de conditionnement religieux.
Parce que la religion tient de moins en moins de place dans la pensée contemporaine, du moins tant que les prosélytismes renaissants n’ont pas réussi à la promouvoir à nouveau.

Parce que, enfin, la laïcité a été inventée pour permettre à chacun de choisir librement ses valeurs morales et religieuses, mais aussi, et surtout, pour libérer la société de la tutelle des églises qui ont, toutes, la prétention de la régir.

Pour qu’une société soit laïque, il faut que sa télé le soit aussi.

Qu’elle aborde les sujets de religion pour en discuter le fond et la valeur. Pas pour inciter ses auditeurs à se déterminer en fonction d’elle. Pas pour faire le boulot des clergés et des intégristes.

Remarque liminaire : On peut faire quasiment la même analyse critique sur une autre manie de T.A., l’origine nationale de ses invités : Mocky est tchétchène, Gainsbourg est un juif russe et Nagui est d’ici, et Michèle Laroque est de là. Ces considérations, quand elles sont hors-sujet et ne correspondent pas à un manifestation spontanée d’identité de l’intéressé, sont ambiguës.
De même qu’il est difficile de pratiquer le second degré sur les sujets délicats pour ne pas être compris au premier. Le slogan "Nous sommes tous des enfants d’immigrés!" ne doit pas être entendu "Il y a trop d’étrangers."

Max Barel

(1) Sondage "CSA-le Monde-la Vie", 2003


Commentaires

  1. Bien, content de vous voir de retour aux fourneaux.

    Bon, je dois vous avouer que je n’ai cure de TATA provocorrectsex.
    En ce qui concerne la Télé, je fus dernièrement heureux d’apprendre que l’univers, notre galaxie comprise, est plein de trous noirs, résultant d’implosions d’étoiles, et se balladant au gré des “vents et marées”, avec la monstrueuse capacité de tout avaler sur leur passage. Sont-ce les yeux abominables de Dieu, ou les trous du cul du Diable, je l’ignore; mais voilà de quoi donner envie de profiter du bon temps sur cette terre, sans être de par trop emmerdé par des dogmes stupides et cruels.

    “Il y a des saletés qui sont de l’esprit, et que le corps n’aurait jamais consenti à laisser passer.” A. Artaud.

    Ceci dit, votre article soulève, pour moi à tout le moins, un problème. Je suis absolument d’accord avec vous en ce qui concerne la laïcité. Mais voilà :
    1) Contrairement à ce que l’on a tous tendance à croire, la Religion(Culte autoritaire structuré, ou encore Secte ayant réussi politiquement ou historiquement), le Religieux( souci spirituel de l’humain), et Dieu(Nom donné à l’absolument infini…) sont des concepts distincts, même si rarement clairement distingués; et ce n’est certes pas les amalgames politico-religieux-culturels qui pourront clarifier les confusions.
    2) Si la laïcité est certes le lieu démocratique des choix existentiels, comment peut-elle réagir face au besoin de spiritualité, de religion, voir de d’absolu? Peut-elle seulement les refouler dans la sphère du privé? Le résultat est connu : c’est la secte, quelle qu’elle soit.

    Voilà le problème qu’évoque en moi votre article : comment la laïcité peut-elle demeurer fidèle à elle-même, tout en demeurant capable de comprendre des besoins d’ordre métaphysique (Je dis métaphysique, faute de mieux)? C’est évidemment un problème contemporain majeur. Et je n’ai pas de réponses.

    Commentaire par Stroumph le 24 mars 2004 à 19h34

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