échos du front hédoniste

3 février 2004

Catherine Breillat, fidèle au poste.

classement : culture, mœurs, société; auteur : Max à 22h48

La sortie du dernier film de Catherine Breillat tombe à pic pour inaugurer les catégories culture et mœurs. En effet C.B. est indiscutablement, dans l’esprit d’efh, une des figures méritoires du paysage médiatique et culturel.

“Anatomie de l’enfer”, donc. Si ce film n’a pas la force brute de son premier long métrage, “une vraie jeune fille”, et si son propos est plus élémentaire que celui de ”à ma sœur”, il n’en a pas moins un propos, fondé et juste. Il est féministe, tout simplement.

La bonne nouvelle, c’est que les femmes veulent, enfin, se montrer tout entières aux hommes. Elles veulent rester jambes ouvertes, ou fesses tendues pendant qu’on contemple longuement ce cul et ce con… ne saurait voir, aux mieux, que fugitivement. La mauvaise nouvelle, c’est que les hommes sont définitivement trop mortifiants pour en jouir. Il faut les forcer.

Le tableau est brossé, à la manière habituelle de C.B.. Elle aborde de vraies questions, s’attaque aux tabous fondamentaux, mais toujours sous l’angle du rapport de force. Et, forcément, c’est sans issue.

A ceux qui aiment vraiment le corps des femmes, à celles qui sont déjà débarrassées de la honte de leur sexe, socialement nommée pudeur, ce film n’apprendra rien. Mais il leur laissera le sentiment agréable de n’être pas totalement seuls dans un monde de brutes.

La caméra est sobre. Les références à la peinture sont fréquentes, sans ostentation. L’image un poil contrastée, aux couleurs peu saturées, apporte une touche d’irréalité. Dans la courte scène finale, belle et intense C.B. laisse éclater sa rage.

C’est un registre ou elle excelle, la rage, et qui fait l’intérêt de ses films. Le final de ”à ma sœur”, souvent critiqué, était crucial pour le sens du film. Le problème avec la rage, c’est qu’elle ne permet pas de garder l’esprit lucide. Du coup, le propos s’embrouille et se contredit. Pourquoi donc la figure centrale de la femme, forte et sûre de son fait, cherchant à imposer à l’homme le dépassement des interdits intégrés en dégoût, vient-elle tout d’un coup chougner, craignant d’avoir perdu sa dignité? Incohérence totale, déconfiture. Pourquoi jette-t’elle son dévolu sur un homo? Hors sujet.

Mais surtout, il y a un gros-blême, qui n’est pas scénaristique. Amira Casar nous laisse voir son pubis, mais quand on regarde vraiment une vulve, c’est celle d’une doublure! Si A.C. n’est pas assez gonflée pour exposer sa fente, parce que, justement, elle n’a pas dépassé les tabous judéo-chrétiens, ou par stratégie de carrière, c’est son problème. Mais elle ne fait plus l’affaire. Toute la conviction du film est perdue. Si aucune actrice “conventionnelle” n’avait accepté le rôle, il ne manque pas de belles actrices X qui n’auraient eu aucun problème à se passer de doublure. Rocco Siffredi s’en sort très bien, n’en déplaise aux fâcheux. Pourquoi pas une femme? Et le baratin fumeux en prégénérique pour justifier la manip’ ne fait que souligner le malaise.

Alors on se met à douter. Les symboles chrétiens omniprésents, qu’on pensait là pour souligner la responsabilité de l’église, n’avaient-ils pas un autre sens? Quelle interprétation donner à la réplique “Vous [les hommes] donnez la mort, donc la vie éternelle”. Premier degré?

Il serait affligeant de s’apercevoir que, finalement, Breillat ne revendique pour les femmes qu’une place équivalente aux hommes, au royaume de Dieu. Qu’on me rassure!

MB


Commentaires

  1. Pourquoi stroumph?
    Parce qu’ atchoum dans la philosophie of room, et mphrgreumeuleu.
    Bon, je n’ai pas vu le film que vous critiquez. Mais en vous lisant, je me dis que je ne peux pas vous rassurer, parce que je ne crois pas que la profondeur et l’authenticité des actes soient les choses les mieux partagées par les humains. Vous mettez le doigt sur un lapin bien vieillot du star système; à savoir: ne pas se mouiller dans l’action; l’image célèbre cède alors la place à l’anonymat cascadeur. Nous sommes, dans le cas du film en question en présence d’une pseudo subversité, bien puante à vous croire, puisque sous couvert de contestation, elle maintient les compromissions des conventions sociales. C’est alors le trou de l’hypocrisie, ou de l’imbécilité intelligente. On avait dèjà Karl Zéro en matière de subversivité spectacle politiquement incorrecte. Enfin, vous avait toujours le tombeau de Sade pour sécher vos larmes. Le hic, c’est que c’est un mec. Reste alors peut-être à voir le film Baise-moi. La morale? Pauvre: miroir désenchanté du oeil pour oeil, dent pour dent. Les actrices assument. Mais la surmoralité? Inexistente. Alors…. pour se rassurer, mieux vaut peut-être écouter un disque de Nina Hagen.

    Commentaire par stroumph le 8 février 2004 à 15h53

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