échos du front hédoniste

18 avril 2004

Je hais les costards!

classement : mœurs, société, politique; auteur : Max à 18h35

On parle beaucoup, ces temps-ci, de signes religieux ostentatoires. Dans l’ensemble, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’encadrer la démarche prosélyte dont ils sont le moyen; particulièrement pour les communautés auxquelles on n’appartient pas.

Mais il est un signe ostentatoire omniprésent, hautement signifiant, porté par une commmunauté d’individus au prosélitysme impérialiste : "le costume cravate".

"Mais ce n’est pas une religion!", direz-vous. N’empèche…

Au premier abord, on peut penser que c’est un faux débat; que le costume est ringard, certes, mais en voie de désuétude; que c’est un trait culturel sans conséquence; que le problème n’est pas l’habit mais le moine.

Regardons-y de plus près.

Le "costard-cravate" descend, par le costume trois pièces, de l’habit bourgeois du 19ème. Ce siècle sinistre, réactionnaire, répressif et bigot, où la bourgeoisie européenne a pris le pouvoir à l’aristocratie, et s’habille en pingouin anglican. Avez-vous vu, sur les tableaux ou les premières photographies d’époque, ces sombres assemblées, uniformes et morbides?

Les révolutions politiques ont affaibli une aristocratie sur le déclin depuis que sa richesse foncière cédait à la richesse marchande et financière. La révolution industrielle a achevé la transition d’un modèle économico-social à l’autre. Les églises ont dû changer leur fusil d’épaule.

Depuis cette époque, le costard est profondément lié au pouvoir en place et au dogme qui le sert : le saint marché capitaliste et son avatar de libéralisme.

Pendant le 20ème siècle, on parlait souvent du "dogme communiste", jamais du "dogme capitaliste". Le pouvoir de l’Ouest, qui faisait mine de se scandaliser de la dictature de l’Est tout en soutenant ses propres dictatures, était en fait révolté par la répartition socialiste et très inquiet des risques de contagion. Il y a maintenant des voix pour dénoncer le "dogme libéral". Il y a dogme (en politique, laissons là les arguties théologico-philosophiques), à partir du moment où un système est décrété meilleur sans qu’il y ait possibilité de contester ou d’évaluer cette affirmation, surtout selon d’autres critères que ceux du dogme.

Ces digressions politiques ne sont pas hors sujet, car il s’agit de faire le parallèle entre plusieurs intégrismes, chacun avec leur corpus et leurs signes.

Revenons au costard. Il est tellement "religieux" qu’on peut s’en servir pour distinguer toutes sortes de sectes :

  • La droite chrétienne en général, et particulièrement l’italienne, mouillée de longue date avec le fascisme, la Maffia et le Vatican obscur, le porte très "catho": chemise bleu layette, cravate triste, costard bleu sombre ou noir soutane.
  • La droite républicaine peut s’affranchir du bleu. La chemise est blanche, cravate insipide, le costard de couleur noire à gris souris, la coupe d’un classicisme affligeant.
  • La droite libérale, celle qui a réussit à faire croire que la libre entreprise (au sens individuel) et le capitalisme ne font qu’un, est beaucoup plus fashion. Chemises rayées ou colorées, parfois violemment, cravates bouffonnes, coupe légèrement plus libre et matières modernes. C’est le look TF1-LCI-Bouygues. Encore plus raccord si c’est porté par un bourrin, genre "service de sécurité".
  • La "gauche"?. Ah! l’accablante social-traîtrise. C’est n’importe quoi, de bric et de broc, gentil ringard ou gauche caviar, mais toujours conforme au dogme. On ne quitte pas le costard pour conduire la politique économique à droite.
  • Les cocos aussi sont en costard. On sait d’ailleurs comment la morale petite bourgeoise a sévi sous Staline et au PC.
  • On peut même faire des nuances nationales. Les allemands sont tirés à quatre épingles, matières chères…

    Au passage on notera que le style du costard est un bon moyen de démasquer les opportunistes. Les chemises rayées de Sarkosy montrent qu’il n’est pas "gaulliste", de droite républicaine, mais largement acquis à la droite libérale.

Qui porte un costard adhère au modèle et le conforte. Parfois de gré, pour les dominants qui revendiquent ainsi leur appartenance à la classe de pouvoir, exactement comme pour les signes religieux. Souvent de force, pour les subalternes qui sont contraints de l’adopter. Tout comme les religions imposent leurs signes, dès qu’elles le peuvent.

Rappelons que le costard est une obligation de fait dans beaucoup d’entreprises ou de métiers. À l’assemblée nationale, le protocole impose le costard (et le tailleur pour les femmes). Quelle est la profondeur de la dimension démocratique d’une république qui fixe comment doit s’habiller un élu?

Dans de nombreux cas, il ne s’agit que d’une manifestation de conformisme opportuniste. En reproduisant le comportement dominant on cherche inconsciemment à en acquérir les prérogatives.

Dans la vie normale le costard est en perte de vitesse, en occident, et n’a jamais existé dans beaucoup de pays, mais, allumez la télé et comptez les points : Partout dans le monde, les classes au pouvoir adoptent le costard avec le dogme politico-économique.

Les exceptions, chez les puissants, sont toujours significatives. Khadafi et sa morgue rebelle et mégalo; les émirs arabes qui perpétuent leur féodalisme tribal d’un autre monde; Ghandi et sa revendication nationale et culturelle contre l’Angleterre…

Bien évidemment, comme ces exemples le montrent, refuser ou quitter le costard n’est pas une condition suffisante pour signifier une position humaniste, progressiste ou hédoniste, mais c’est une condition nécessaire qui montre la capacité à refuser le conformisme et à sortir du carcan. Sans aucun doute.

J’irai jusqu’à postuler qu’on ne peut rien attendre, en terme de conscience politique, d’un homme en costard.

Si vous croisiez autant de soutanes, de "barbus", de tchador, ou de hasidim (chapeau noir et papillotes) que vous rencontrez de costards, ne seriez-vous pas gagné par une crise d’angoisse?

Je hais les costards!

Max Barel

Remarque : Cet article n’a pas beaucoup considéré le cas des femmes. Leur sort n’est guère plus enviable. On leur laisse un peu plus de latitude vestimentaire mais, de toutes façons, elles comptent pour du beurre dans ce monde là.


Commentaires

  1. “Ce jeune homme qui voudrait sans aller nu de par le monde….” Arthur Rimbaud.

    Mr, de ce genre de journalisme, je dis : encore!

    Commentaire par stroumph le 29 avril 2004 à 17h54
  2. Il n’est pas indispensable de s’affirmer et de s’afficher anti pour etre progressiste.
    Tolérance……
    De tout temps, de par le monde le vestimentaire, a marqué l’appartenance a un groupe social.
    Belle decouverte!!!!

    Quand au commentaire, on ne peut rien attendre d’un homme en costard:
    Voila déja la doctrine de l’anti qui se pose en nouveau dogme!!!
    Ne serait- ce pas la les premices de nouveaux dictats!!!

    Chaque generation inscrit son identité dans ses costards, le jean, le survet,
    Il me semble plus estimable de rejeter les fondements que ses signes ostentatoires.

    Un peu plus de profondeur permettrait de ne pas ranger les individus , par essence
    complexes et multiples, dans des cases correspondants a leur seules habitudes
    vestimentaires!!!

    Il me semble plus efficace, de chausser le costard, de se faire élire, et d’agir a l’assemblée
    natuionale, pour y défendre, des idées novatrices et progressiste, que de manifester tout
    nu devant l’assemblée.

    FS

    Commentaire par FS le 23 mai 2004 à 16h09
  3. Il y a longtemps que je n’ai point visiter le front. Il semble que Max Barel soit fort occupé ailleurs puisqu’ aucun nouvel article n’a été à ce jour écrit.

    En ce qui concerne le commentaire de FS (Mr ou md), je tiens juste à dire que Mr Max Barel a une qualité qui est aussi son défaut : c’est un libertaire extrémiste, donc hyper partial. Ce qui sera toujours inextricable, mais aussi, toujours plus intéressant que toute forme de conventionalisme.

    En ce qui me concerne, je tiens à dire que si cette personne aime à souligner les légères contradictions des uns et des autres, c’est son droit. Mais de là à infantiliser une citation d’ Arthur Rimbaud, cher(e) FS, c’est que vous êtes con(ne) ou que vous faîtes exprès. Parce que je ne vois aucun intérêt à lire au premier degré et au sens propre l’un des esprits les plus créatifs de l’histoire de notre bon vieux patois national : le français. Au cas où vous l’ignorez, la poésie d’Arthur Rimbaud est, entre autre, une immense entreprise de déconditionnement culturel qui à eu recours à un appel désespéré en une impossible liberté libre. Que voulez-vous, les grands poètes n’ont jamais été à une folie près. Remarquons qu’à la différence des grands politiques, ils n’embarquent pas tout le monde dedans. Lorsque Rimbaud écrit qu’il veut s’en aller nu de par le monde, c’est en un sens figuré; c’est un appel à l’authenticité, à la transparence, vous savez, ces qualités humaines fort peu mises en pratiques par des porteurs de costards en tout genre. Quant au costard, on sait tous au fond qu’il est le symbôle du politiquement correct, vous savez, ce subtil alambic par où on fait passer toutes les hypocrisies. Voilà pourquoi j’ai cru bon de citer le poète.

    Enfin, cher(e), s’il y avait autant de bonnes idées que de costards dans les assemblées, ça se saurait.

    Commentaire par stroumph le 6 septembre 2004 à 17h30
  4. j’ai adoré. J’ai passé la journée d’hier à choisir des costumes à mon mari, son uniforme de boulot qu’il abhore et est obligé, culturellement, de porter

    Commentaire par Clare le 26 juin 2005 à 13h42

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